Une étude révèle que les élèves français sont les plus stressés du monde, loin devant les japonais. Plongée dans le quotidien de quatre écoles appliquant des pédagogies différentes. De la souffrance à l’apprentissage de la vie en société, un état des lieux de l’école filmé à hauteur d’enfants.
INTERVIEW DE PATRICIA BODET ET CHRISTOPHE NICK, AUTEURS-REALISATEURS
"FILMER A HAUTEUR DES ENFANTS"
Pourquoi cette série après les Chroniques ?
Christophe Nick :A Creil, nous avions eu l’impression de ne réaliser qu’une introduction, même si cela avait abouti à quatre films. Chercher la racine de la violence, des dysfonctionnements de la société française, comprendre pourquoi nous vivons ensemble et pourquoi cela semble si difficile à tant de gens en France, c’est notre but. La façon dont on éduque les enfants était déjà au cœur de nos interrogations. Nous avions passé deux mois dans une classe-relais d’un collège de Creil. Nous avions suivi deux enseignants qui tentaient de rattraper quatre ados en très grand échec scolaire. Nous n’avions pu en faire un film, il nous manquait l’autorisation parentale. Aussi, lorsque France 2 m’a demandé si je voulais retenter une expérience d’immersion, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion : je voulais retourner à l’école, m’asseoir au milieu des enfants et suivre tous les cours pour comprendre comment ils apprennent, pourquoi certains sont en échec, ce que les adultes transmettent et comment. Nous nous sommes fixé deux contraintes : une limite de temps (de la rentrée 2005 aux vacances de la Toussaint) et que tout soit tourné à hauteur des enfants.
Patricia Bodet : Nous ne sommes pas là pour juger, mais pour regarder. D’où l’intérêt de rester longtemps sur place. Sur deux mois de tournage, il est impossible de tricher avec la réalité. C’était également fascinant pour les équipes et pour nous de retourner à l’école, de redécouvrir ce qui nous a fait souffrir mais aussi ce qui nous a motivés pour apprendre.
Quels ont été vos critères pour choisir les quatre écoles ?
Christophe Nick :Nous souhaitions des écoles à pédagogie et à sociologie différentes. Non pas pour les comparer, mais pour faire sortir justement ce qu’elles pouvaient avoir en commun : un internat strict, une école en ZEP, une pédagogie dite alternative et une école banale. Quant aux enseignants, notre seul critère était qu’ils soient des professeurs respectés, pour éviter toute tentative de jugement, de comparaison, et se concentrer sur l’observation des professionnels au travail, aller au cœur des enjeux.
Patricia Bodet : Parcourir les différents niveaux, du CP à la 6e, permettait également d’éviter l’opposition frontale des écoles et de comprendre comment les enfants évoluent au cours d’un cycle. Personnellement, ce qui m’a passionnée, ce n’est pas tant la pédagogie que la méthode personnelle de chaque enseignant.
Comment s’est déroulé le tournage ?
Patricia Bodet :Sur chaque école, il y avait une équipe de quatre personnes : un journaliste, un chef op’, un ingénieur du son et, particularité de ce projet, un monteur qui "dérushait" les images en cours de tournage et nous les envoyait. Nous étions ainsi en contact permanent avec chacune des équipes, suivant les diverses évolutions au jour le jour. Nous avons travaillé en osmose totale.
Christophe Nick :Les membres des équipes ont vraiment réussi à se fondre dans le décor de la classe. Ils étaient en empathie totale avec le sujet. Quand les enfants allaient au tableau, ils avaient peur du tableau, pas de la caméra !
Les enfants sont plutôt attachants…
Christophe Nick :Franchement, l’atelier de philo, dès le deuxième jour, à Montpellier, je n’en revenais pas ! Nous avons été les premiers surpris par ce que nous filmions. Voir que, parmi tous ces enfants, les gamins de ZEP sont les plus épanouis, les plus ouverts, les plus alertes, c’est extraordinaire ! A l’opposé, il y a la petite Lola. Son cas résume bien le problème de l’école traditionnelle. Voilà une fille intelligente, sensible, éveillée, qui n’a aucun problème mais dont la différence se met justement à poser problème. Au final, elle subit l’ostracisme de toute sa classe...
Comment s’est articulée votre enquête ?
Patricia Bodet :La série a mis du temps à trouver sa forme définitive. Au départ, nous nous étions plutôt orientés sur un principe d’épisodes, avec une grille de lecture d’une trentaine de thèmes pour chaque équipe de tournage. Les trois documentaires se sont construits au fur et à mesure à partir de cette matière, extrêmement dense, que nous avions recueillie.
Christophe Nick :Assez vite, nous avons été frappés par la notion de souffrance et nous l’avons traitée telle quelle dans le premier film. Le deuxième documentaire, lui, est axé sur une thématique qui nous préoccupait dès le départ : la socialisation des enfants. Comment se passent les rapports entre les élèves ? Que signifie le fait d’être en rupture avec son milieu ? L’idée du troisième film a mis plus de temps à se dessiner. Il fallait s’imprégner davantage de la matière parce que, bien que fondamentale, la question apparaît en creux dans chaque scène : au-delà d’enseigner qu’est-ce qu’éduquer ?
Quel est votre diagnostic sur l’école ?
Christophe Nick :Coïncidence amusante, pendant le tournage, le débat sur les méthodes de lecture, globale ou syllabique, a refait surface. C’était assez perturbant de voir, en direct, le décalage existant entre un certain discours et la réalité du terrain. Quand on prend la peine de regarder ce qui se passe, on réalise à quel point l’école est devenue un objet de fantasme. Pour les parents, pour les politiques, pour la société. Et, il est lourd ce fantasme ! La peur de l’échec, le chômage, le fait qu’une famille sur deux a divorcé, créent une vraie peur collective — avec pour corollaire un culte de la réussite, des résultats — que nous projetons sur nos enfants. L’école ne devrait pas avoir à supporter un tel poids...
Patricia Bodet :Moi, j’ai souvent pensé que l’école était trop repliée sur elle-même, qu’une fois les grilles franchies le lien entre parents, enseignants et élèves, était difficile à établir. Les uns attendent des résultats, les autres souhaitent avoir les meilleurs élèves possibles. Mais les élèves, eux, qu’ont-ils à dire ?
Christophe Nick :Je ne dirais pas que l’école est un lieu fermé mais protégé. Par contre, ce qui me frappe c’est le désinvestissement des parents. Les réunions de parents d’élèves sont dramatiquement désertiques.
Qu’attendez-vous de ces documentaires ?
Christophe Nick :Qu’ils déplacent les lignes des débats actuels qui ne sont vraiment pas à la hauteur de l’enjeu. Il est temps d’affronter les vraies questions : "pédagogie et éducation" et non pas "méthode globale ou syllabique". Les films se regardent en famille : les enfants qui les ont vus s’identifient à Lola, Manuel ou Sébastien. Que les parents entendent alors ces souffrances devrait faire réfléchir à la pression collective qui exige des performances immédiates.
Patricia Bodet :Nous avons conscience que les films vont être diffusés à un moment où le sujet est d’actualité. J’espère qu’ils vont susciter des réactions, des réflexions positives auprès du corps enseignant.
Christophe Nick :Et puis Ecole(s) en France nous renvoie également à nous-mêmes, à notre propre expérience de l’école. Se rappeler que ces souvenirs-là se situent plutôt au niveau du mal-être, n’est pas inintéressant.
Patricia Bodet :Est-il normal de mettre une telle pression sur des enfants ? Doit-on les mettre en compétition dès leur plus jeune âge ? Et, surtout, peut-on apprendre dans le plaisir ? Ecole(s) en France peut susciter le débat dans les écoles, bien sûr, mais aussi dans les familles, avec ses propres enfants.
LISTE ARTISTIQUE
Trois films de Christophe NICK et Patricia BODET Chefs monteurs : Elke HARTMANN (ép. 1), Christophe BOUQUET (ép. 2) et Hélène BLANPAIN (ép. 3) Assistant réalisateur : Thomas BORNOT
EQUIPE DE TOURNAGE À AUTUN Assistant réalisateur : Cédric BODET Chef opérateur de prise de vues : Tafari TSIGE-VIDALIE Chef opérateur de prise de son : Alain VIGIER Chef monteuse : Bérengère LAFONT
EQUIPE DE TOURNAGE À MONTPELLIER Assistante réalisatrice : Laure PRADAL Chef opérateur de prise de vues : Olivier GUERIN Chef opérateur de prise de son : Frédéric GREMEAUX Chef monteur : Yanick DUMAS
EQUIPE DE TOURNAGE À DOMONT Assistante réalisatrice : Laetitia OHNONA Chef opérateur de prise de vues : Stéphane RAMPILLON Chef opérateur de prise de son : Guy Robertson RABARIVELO Chef monteuse : Josiane ZARDOYA
EQUIPE DE TOURNAGE À PARIS Assistante réalisatrice : Iris CHASLES Chef opérateur de prise de vues : Laurence KETTERER Chef opérateur de prise de son : Gaudérique CALMON Chef monteur : Cédric DELPORT
Consultante : Marie SATRIN Montage son et mixage : Philippe LAULIAC Etalonnage : Sylvain LAMOUR Musique originale : Joël ALLOUCHE Editions musicales : Laurent BACRI – PMD Premier assistant monteur : Steve LA MOTTE Second assistant monteur : Roman JEANNEAU Chef comptable : Marie-Louise AFONSO Administratrice de production : Anne-Françoise DE LAPISSE Assistante de production : Marie CATANHO Directrice de la post-production : Agnès DATIN Producteur : Christophe NICK Directeur de production : Jean-Denis BERENBAUM Producteur éxécutif : Philippe LAURENT Coordinatrice de production : Valérie FREVILLE Atelier de production : Dominique BEAU Conseillère de programmes : Anne ROUCAN Directrice des documentaires et magazines : Patricia BOUTINARD ROUELLE
Une étude récente révèle que les jeunes Français sont les élèves les plus stressés du monde. Pourtant, leurs performances sont juste dans la moyenne. Enquête dans des classes aux méthodes différentes, à Domont, à l'école militaire d'Autun, dans une ZEP toulousaine et dans une école appliquant la pédagogie Montessori.
RESUME
A Domont, dans le Val d’Oise, Gregory pleure. Véronique, sa maîtresse l’interroge. Entre deux sanglots, l’enfant n’arrive toujours pas à restituer la définition d’un « extrait ». A l’école militaire d’Autun, Imène est inconsolable. Son 0 sur 20 en dictée l’a assommée. Manuel a la même note : il sombre dans le désespoir. De retour à Domont, Lola, la nouvelle du CM1, bloque en calcul mental et, jour après jour, sa fraîcheur s’éteint. En France, on considère qu’on n’apprend rien sans souffrir. Logique, finalement, que les élèves français soient les plus stressés du monde, comme le révèle une enquête de l’OCDE. Elle classe le mal être des élèves en France très au-dessus des autres, Japonais compris. Pourtant, en France, les performances scolaires sont médiocres, à peine au-dessus de la moyenne des 41 pays les plus industrialisés du monde...
Ecole(s) en France
"Apprendre à vivre ensemble"
Diffusé le 20 avril 2006 sur France 2
PITCH
Trois enfants font le difficile apprentissage de la vie en société et de ses règles. Sébastien, 11 ans, interne à l'école militaire d'Autun, se bagarre tout le temps. Sophiane, élève de primaire en ZEP à Montpellier, refuse de travailler. A l'école Montessori de Paris, Carole, l'éducatrice, s'efforce d'intégrer Paul, un garçon qui présente d'importants troubles d'adaptation.
RESUME
A l’école militaire d’Autun, Sébastien se bagarre tout le temps. Sa classe le rejette. Que vont faire les militaires ? Préserver la stabilité du groupe ou forcer l’intégration de Sébastien ? A l’école Montessori de Paris, Carole la maîtresse impose aux CE1-CE2 la personnalité très perturbée de Paul, parce que tout le monde doit apprendre à vivre ensemble. Dans la ZEP de Montpellier, Sophiane ne veut plus travailler et dérange la classe. Les enfants se réunissent en conseil et décident de le sanctionner. En suivant l’évolution de Sébastien, Sophiane et Paul, on découvre en quoi l’école n’est pas qu’un lieu d’apprentissage. C’est ici que les enfants s’initient à la vie en société, au respect des règles du groupe et de la loi pour tous. Une étape essentielle dans le développement des enfants. La façon dont les enseignants l’appréhendent détermine la réussite ou l’échec scolaire.
Ecole(s) en France
"Tête bien faite & bien pleine"
Diffusé le 27 avril 2006 sur France 2
PITCH
Les élèves de Véronique, à Domont, comme ceux du lycée militaire d'Autun, doivent se couler dans le moule. A Toulouse, Sylvain utilise la distraction des écoliers pour inculquer ses règles, tandis qu'à l'école Montessori, à Paris, Carole met l'accent sur l'individualité. Quelle que soit la méthode utilisée, le but est de préparer les enfants à devenir autonomes et responsables, étape essentielle au développement de la personnalité.
RESUME
Au CM1 de Domont, les enfants accueillent un des plus grands poètes français. Dans la ZEP de Montpellier, les élèves préparent la visite d’une exposition sur le Canada. A l’école Montessori de Paris, chacun travaille sur un exposé. A l’école militaire d’Autun, les 6ème A apprennent à donner des ordres. Dans ce dernier volet de la série, il s’agit plus d’éducation que d’enseignement. L’école ne se contente pas d’apprendre à lire, écrire et compter : elle transmet des valeurs, donne aux enfants un bagage culturel et social qui leur permettra de devenir des citoyens autonomes et responsables. C’est là que les choix éducatifs de chaque école dessinent des profils de futurs adultes bien différents. Des choix qui n’appartiennent qu’aux enseignants et dont la plupart des parents n’ont pas conscience. Pourtant ces choix éducatifs préfigurent l’avenir de leurs enfants comme celle de notre société.